Réenchanter le monde à travers la poterie : entre savoir-faire et savoir-être
Dans mon atelier, derrière mon tour de potier, les conférences et réflexions de penseurs éclairent souvent mes heures de création. Un des privilèges de notre époque moderne, qui nous permet d’écouter des podcast. Un jour, en écoutant Aurélien Barrau, astrophysicien et philosophe, je découvre des mots qui résonnent avec mon métier de céramiste : ils traduisent des ressentis subtils, un appel à ralentir, à remettre en question nos certitudes et à réenchanter le quotidien.
Cette réflexion m’a également rappelé les idées de Pierre Rabhi, pionnier de la sobriété heureuse, et de Olivier Hamant, biologiste qui met en lumière la robustesse du vivant face à notre obsession pour la performance. Ces trois penseurs, bien que différents dans leurs approches, partagent une conviction commune : il est urgent de retrouver un équilibre avec la nature, de valoriser la lenteur, la résilience et une relation harmonieuse avec notre environnement.
Dans un monde marqué par la vitesse et l’efficacité, leurs réflexions m’incitent à relier ma pratique artisanale à ces valeurs essentielles. La poterie, bien au-delà de sa technicité apparente, devient alors une pratique ancrée dans le vivant, un espace où cohabitent le prosaïque et le poétique, la patience et la délicatesse, la matière et l’esprit.
La poterie : une danse entre intention et création
L’artisanat dépasse le simple façonnage de l’argile. C’est une rencontre entre soi et la matière, une exploration d’une autre manière d’être au monde. Le tournage, par exemple, n’est pas qu’une mécanique de gestes précis. C’est une danse subtile, une recherche d’équilibre qui révèle l’importance de la robustesse, comme le décrit Olivier Hamant : cette capacité à accepter les imprévus, à s’adapter avec souplesse, sans chercher à tout optimiser.
Chez Pierre Rabhi, on retrouve cette quête d’harmonie avec la nature et la matière, une attention à l’essentiel. Dans mon atelier, chaque élève est invité à cultiver cette simplicité des gestes, à respecter le rythme naturel de la terre. Cet apprentissage les ramène à eux-mêmes, dans un dialogue silencieux avec l’argile. À travers cette pratique, ils découvrent une force tranquille, un ancrage qui transforme la poterie en un espace de méditation, d’introspection et de connexion.
Ainsi, chaque création devient le reflet d’une présence, d’une intention. Elle raconte une histoire, une rencontre avec la terre, mais aussi avec soi-même. Loin des impératifs de productivité, elle valorise le temps long, la persévérance et l’écoute.
L’alliance entre savoir-faire et savoir-être
L’artisan historiquement a toujours eu « quelques longueurs d’avance grâce à l’alliance entre le savoir-faire et le savoir-être. » Cet équilibre se retrouve dans mon approche : enseigner les gestes techniques, certes, mais aussi transmettre des valeurs. Dans mon atelier, l’accent est mis sur une pratique douce, respectueuse de son propre corps et de la matière.
En utilisant leur poids corporel avec fluidité, mes élèves apprennent à collaborer avec l’argile plutôt qu’à la dominer. Cette démarche leur permet de créer des objets uniques, loin de tout consumérisme. Mais elle leur offre aussi une compréhension profonde de concepts essentiels comme la résilience, cette capacité à faire face aux aléas avec patience et créativité, et l’humilité face à la terre.
Réenchanter notre quotidien
Comme le souligne Pierre Rabhi, chaque geste, aussi humble soit-il, peut être porteur de transformation. La poterie nous enseigne que chaque mouvement, chaque intention, est une forme de création. Une création qui, au-delà de l’objet façonné, peut participer à un réenchantement collectif.
Je vous invite donc à vous interroger : comment votre propre pratique, quelle qu’elle soit, peut-elle contribuer à ce réenchantement ? En quoi vos gestes quotidiens, vos intentions, vos créations, peuvent-ils redonner du sens, une direction à votre vie et à votre rapport au monde ?
Dans cette quête, inspirée par les pensées d’Aurélien Barrau, Pierre Rabhi et Olivier Hamant, peut-être découvrirez-vous que réenchanter le quotidien ne demande pas de révolution spectaculaire, mais bien de renouer avec des valeurs essentielles : la lenteur, la robustesse, et le respect profond de ce qui nous entoure.
Si ces réflexions résonnent en vous, je vous invite à découvrir le livre d’Aurélien Barrau L’Hypothèse K : La science face à la catastrophe écologique (Grasset, 2023), ou encore les œuvres de Pierre Rabhi et d’Olivier Hamant (Conférence : La robustesse du vivant comme antidote au culte de la performance – Olivier Hamant), qui enrichissent notre vision du monde avec autant de poésie que de profondeur.